Sera-t-il toujours gai de voguer sur le lac Ahémé ? |Will it be cheerful to sail on Lake Aheme again?

En Afrique de l’Ouest et plus particulièrement au Bénin, presque personne n’ignore la célèbre chanson de l’artiste chanteur-compositeur GG Vikey (1944-2013) : « Sur le lac Ahémé » composé en 1963. Il ne s’agira pas ici de présenter cette chanson, mais le sujet principal de cette belle mélodie, le lac Ahémé.

Situé au sud-ouest du Bénin, le lac Ahémé est un écosystème aquatique couvrant 85 km² (c’est le second plus vaste plan d’eau du Bénin après le lac Nokoué qui s’étend sur 150 km²). Long de 24 km, il est en moyenne large de 3,4 km pour une profondeur maximale de 2,35 m.

Aheme

Le lac Ahémé |Aheme lake

Selon Eco-Bénin (une organisation non gouvernementale active dans la zone, le lac Ahémé abrite 71 espèces de poissons, soit 67 % de la diversité de la faune ichtyologique des zones humides de la partie méridionale du Bénin. En outre, on y recense une grande diversité d’oiseaux locaux et migrateurs [canards d’eau, poules d’eau, hérons] dont le pélican gris [Pelecanus rufescens] qui est une espèce en danger d’extinction au Bénin. Par ailleurs, une récente enquête effectuée au début de 2017 par le Laboratoire d’Écologie Appliquée de l’Université d’Abomey-Calavi a permis de recenser la présence de : plusieurs espèces de reptiles [crocodiles, varans, serpents, tortues], quelques mammifères [hippopotames, sitatunga, mona, vervet, des petits carnivores]. Côté flore, l’Ahéme, du fait de sa salinité favorise le développement des deux espèces clés de palétuviers que compte le Bénin : le palétuvier rouge [Rhizophora racemosa] en danger critique d’extinction au Bénin et le palétuvier blanc [Avicennia africana]. Cette biodiversité du lac Ahémé qui ne constitue que la relique d’une diversité passée beaucoup plus grande, fait face ces dernières années à une dégradation rapide et violente qui pourrait conduire doucement à sa disparition.

La biodiversité du lac Ahémé |Lake Aheme biodiversity

Selon une étude menée par trois [3] chercheurs de la Faculté des Sciences et Techniques [FAST] puis de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines [FLASH], l’écosystème du lac Ahémé fait face à cinq [5] menaces majeures :

  • la pollution du lac par les pesticides agricoles : les analyses chimiques des eaux du lac effectuées par sept [7] chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi ont révélé la présence du phosphate [0,63 mg/L], du plomb [26,25 mg/kg], du zinc [170 mg/kg], l’arsenic [29 mg/L] ;

Pollution

Pollution sur les berges du lac Ahémé |Pollution on Lake Aheme banks

  • le comblement du lac : entre 1991 et 1999, il a été remarqué que le lac se comble de 350 000 m3 par an (l’équivalent de 93 piscines remplies de sable) ;
  • la modification des mouvements périodiques des eaux du lac : causée par la construction du barrage Nangbéto (Togo) et la route de Guézin ;
  • la destruction des frayères : il s’agit particulièrement des zones de mangroves utilisées par les poissons pour pondre leurs œufs. Ces mangroves sont coupées pour préparer le sel.

Mngroves relics

Relique de mangrove sur le lac Ahémé |Mangroves’ relic on Lake Aheme

  • Le développement des méthodes de pêche destructrices (Acadja notamment).

Acadja, l'autre problème du lac AhemeAcadja

Acadja dans le lac Ahémé |Acadja inside the Lake Aheme

L’ensemble de ces facteurs de dégradations contribue à la baisse des populations de poissons (la quantité de poisson pêchée dans le lac a subi une baisse de 41% par rapport à son niveau de 1959 déjà en 1995*), l’augmentation de l’exode rural (92% de pêcheurs ont arrêté leur activité entre 2000 et 2009**) et l’exacerbation des conflits de gestion du lac. Autant de problèmes suscitant cette question : Sera-t-il toujours gai de voguer sur le lac Ahémé? La réponse à cette question viendra de nous tous. Alors que proposez-vous ?

It will be possible to fish in lake Aheme

Sera-t-il toujours possible de pêcher du poisson sur le lac Ahémé? |Will it be possible to catch fish inside the lake Aheme?

*Estimation basée sur les chiffres de la FAO et de la Direction Nationale des Pêches

**Stoop, Nik; Houssa, Romain; Verpoorten, Marijke (2013): To fish or not to fish? Resource Degradation and Income Diversification in Benin, LICOS Discussion Paper, No. 328

English version, here

In West Africa and specifically in Benin, everybody knows the famous song of GG Vikey (1944-2013): “Sur le lac Ahémé” composed in 1963. We won’t to present this song, but the main subject of this nice melody, the Lake Aheme.

Situated at South-West Benin, the Lake Aheme is an aquatic ecosystem covering 85 km2 (it’s the second vastest lake of Benin after Lake Nokoue which stretch out on 150 km2). Its length is 24 km and its mean width is 3.4 km for a maximal depth of 2.35 m.

According Eco-Benin (a NGO which are active in this area, the lake Aheme inhabit 71 fish’s species or 67% of fish’s diversity in all wetlands of south Benin). Moreover, in the lake, a great diversity of bird [local and migrators] has been listed as the grey pelican [Pelecanus rufescens] which is endangered. Likewise, a recent survey which was carried out at beginning of 2017 by Laboratoire d’Ecologie Appliquée of University of Abomey-Calavi has allowed to list the presence of: many reptiles [crocodiles, monitor lizard, turtles], some mammals [hippopotamus, sitatunga, mona monkey, grivet and smalls carnivores]. In other side, two mangroves species [Rhizophora racemosa which is critically endangered and Avicennia africana] constitute the flora of Lake Aheme. This biodiversity of Lake Aheme which is only the relics of the past greatest one, face up to a fast degradation that might lead its disappearance.

According a study made by three (3) researchers of the Faculty of Sciences and Technics and Faculty of Letters Arts and Humans Sciences, Lake Aheme ecosystem copes with five (5) major threats:

  • Pollution of lake by agricultural pesticide: the chemicals analysis of the lake waters made by seven (7) researchers of University of Abomey-Calavi revealed the presence of phosphate [0,63 mg/L], lead [26,25 mg/kg], zinc [170 mg/kg], arsenic [29 mg/L];
  • Siltation of the lake: between 1991 and 1999, the studies remarked that the lake silted itself by 350 000 m3 per year (or 93 swimming pools of sand);
  • Modification of seasonal waters movements: due to construction of Nangbeto dam and Guezin road;
  • Destruction of spawning areas: it is mangrove area used by fishes to lay its eggs. These mangroves have been cut to make salt.
  • Development of destructive fishing technics (Acadja in particular).

The whole of these factors of degradations contribute to the decrease of fish’s populations (in 1995? the quantity of fish catches in the lake decrease of 41% relative to 1959 level*), increase of rural exodus (92% of fishers stopped their activity between 2000 and 2009**) and intensification of conflicts linked with utilization of the lake. That’s why this question has been asked:” Will it be cheerful to sail on Lake Aheme?” The answers of this question depend on each of us. So, what do you suggest?

*Estimation basée sur les chiffres de la FAO et de la Direction Nationale des Pêches

**Stoop, Nik; Houssa, Romain; Verpoorten, Marijke (2013): To fish or not to fish? Resource Degradation and Income Diversification in Benin, LICOS Discussion Paper, No. 328

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13 réflexions sur “Sera-t-il toujours gai de voguer sur le lac Ahémé ? |Will it be cheerful to sail on Lake Aheme again?

  1. Il serait mieux de concentrer les efforts pour valoriser ce site qui déjà a perdu bon nombre de ces qualités écosystémiques.
    – mener une pêche durable par des outils réglémentés.
    – developer des strategies adéquates pour réduire l’anthropisation de par les activities
    – promouvoir une agriculture biologique que conventionnelle

    Aimé par 1 personne

    1. Félicitations à toi pour tout ce que tu fais pour la conservation de nature au Benin.
      Le problème du lac Ahemé est très inquiétant et si rien n’est fait nous risquons de perdre cet écosystème mais aussi d’autres lacs comme le lac Nokoué. Il faut développer des techniques de pêche et d’agriculture durable.

      Aimé par 1 personne

      1. C’est exactement cela chère Miguelle. Merci de votre contribution. Les techniques de pêche doivent être respectueuses de la biodiversité. Saviez vous qu’il fut un moment il n’y a avait aucun acadja sur le lac? Mais il a suffit qu’on baisse la garde pour que cela reprenne de plus belles. Quand tu abordes un pêcheur riverain, sa seule plainte est: « si vous repartez à Cotonou, faites tout pour qu’on nous débarrasse de ces acadjas ». Donc le problème est sérieux.
        Pour l’agriculture, il faut dire que le développement du secteur ne se base par sur une approche Bassin Versant. De sorte que le producteur qui est à Lokossa ne se sent pas concerné par les externalités que créent ses activités sur le lac. Il faut revoir la conservation du lac en tenant compte non seulement des riverains mais aussi de ceux qui sont dans son bassin versant.

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  2. Excellent article.
    Serait il possible d’organiser la gestion du lac Aheme comme celle de nos Réserves de Biosphère ?
    Faire du lac Ahémé une aire protégée et ainsi donc réduire l’ampleur des menaces de sa disparition.

    Aimé par 1 personne

    1. Chére Victoria, merci pour votre analyse. Je pense que: i) vu l’importance de ce plan d’eau du point de vue richesse spécifique, ii) sa valeur Socio – économique, concevoir un plan de gestion ambitieux et durable n’est plus une option mais une nécessité. Beaucoup d’ Organisation interviennent autour du lac, il faudrait fédèrer alors leurs énergies dans un plan commun!

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  3. Les solutions sont fort simple, les responsables doivent mètres des groupes en place. Par exemples Les ONG ou des groupes de professionnels qui maîtrise la situation pour sensibilisé les populations, même si nous savons que le Beninois n’écoute que sont ventre, proposés des solutions durables ( des agents fiscaux pour là répression après la sensibilisation ) et pour finir des lois efficientes pour contrôler l’utilisation des pesticides anarchiquement et sans contrôle. Tous cela déprendra aussi de très bons études scientifiques sur les bassins, les sources que nourrissent le cours d’eau et le sérieux des riverains.

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  4. Merci M. Fulbert pour vos analyses très pertinentes. Je voudrais revenir sur la nécessité de comprendre, à travers des recherches scientifiques les effets des activités humaines du bassin versant du lac sur les paramètres écologiques de ce dernier. Il y a actuellement des initiatives sporadiques de certains chercheurs. Il est important d’approfondir les investigations à travers un programme de recherche multi-disciplinaire.

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